Qu’est-ce qu’une langue minoritaire ?

Lorsque Pierre-Paul Battesti m’a confié l’administration de la partie dédiée aux langues minoritaires du site Mediacorsica, je dois avouer qu’une fois la réjouissance passée de l’honneur qui m’était fait, je me suis senti un peu angoissé. Que pouvais-je bien écrire, moi qui n’ai pas la moindre formation de linguiste sur le thème des langues, a fortiori minoritaires ? Je me considère certes comme locuteur fréquent, à l’écrit comme à l’oral, d’une langue dite minoritaire – la langue corse – mais est-ce pour autant suffisant pour connaître et aborder un sujet si sérieux ? Et pour commencer, qu’est-ce donc qu’une langue minoritaire ?

En toute logique et dans un pays donné, une langue minoritaire est une langue dont la pratique ne concerne pas la majorité du ou des peuples de ce pays. Il peut s’agir de langues dites autochtones, ou indigènes, appellations aux connotations presque aussi dépréciatives que celle de « patois » pour qualifier une langue originelle, qui préexistait avant un quelconque processus d’officialisation, ou d’uniformisation.

On retrouve cela en association fréquente avec la colonisation occidentale. Aussi, dans de nombreux pays, la langue « majoritaire » reste encore aujourd’hui la langue importée et imposée par le colon, lequel s’était empressé, à peine débarqué sur ses nouvelles terres, de reléguer les langues premières des peuples envahis au second plan. Aux colonisés en tout genre, on avait alors présenté la nouvelle langue comme un outil indispensable d’accès à une civilisation – la civilisation imposée – qui leur offrait une nouvelle fenêtre de communication avec d’autres peuples. Alors à quoi bon conserver encore ces archaïsmes préhistoriques, semblait alors leur dire l’insupportable arrogance occidentale.

Tel est le schéma le plus couramment observé dans un grand nombre de pays d’Afrique, d’Asie, ou d’Amérique. Plus près de nous, en Europe, la marginalisation et la paupérisation à travers les décennies des langues que l’on dénomme minoritaires a le plus souvent suivi une dynamique relativement similaire, malgré un contexte de départ que l’on peut, la plupart du temps, qualifier de différent.

La linguistique nous apprend que l’espèce humaine a donné naissance aux quatre coins du globe à un vivier incroyablement important de moyens de communication orale que sont les langues, et s’il est vrai qu’il est possible de communiquer avec la très grande majorité des êtres humains qui peuplent la planète en n’utilisant que quatre ou cinq langues, est-ce pour autant que les autres dussent être jetées aux oubliettes de l’Histoire, dans les musées de la connaissance humaine ? Non, sûrement pas !

Fort heureusement, les temps changent, nous conduisant enfin à prendre conscience de la richesse incroyable qui réside dans chaque langue, et à ne plus seulement regarder le nombre de ses locuteurs. Car au-delà d’un moyen de communication, au-delà d’une simple symbolique, les langues sont les âmes de leurs peuples.

La philosophie nous l’enseigne : sans langage, il n’y a pas de pensée, et par là, pas de culture. A l’heure où l’on prétend s’opposer à une uniformisation culturelle au niveau mondial, il est essentiel de ne pas perdre de vue la nécessité de garder vivantes ces langues que l’on dit minoritaires.


Sources :

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3 commentaires sur « Qu’est-ce qu’une langue minoritaire ? »

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